Armand Lospied Interview Journal les Batisseurs – Salon Rétromobile 2024

Interview Journal les Batisseurs - Salon Rétromobile 2024

Le detailing automobile est un secteur en pleine mutation. Longtemps perçu comme une prestation de niche réservée aux passionnés d’esthétique automobile, ce domaine s’est progressivement professionnalisé. Pourtant, jusqu’à récemment, il n’existait aucune reconnaissance officielle du detailing comme un métier à part entière. Derrière cette transformation, on retrouve un long travail de structuration mené par des entrepreneurs et experts soucieux de donner au detailing un cadre normé, des certifications reconnues et des formations adaptées aux besoins du marché.

Parmi eux, Armand Lospied joue un rôle clé. Architecte du développement du detailing en France, il est l’un des acteurs à l’origine de l’officialisation des formations en detailing et de la mise en place des premières certifications RS dédiées à ce métier. Nous le retrouvons aujourd’hui au Salon Rétromobile 2024, un événement phare du secteur automobile, pour parler de son engagement dans la structuration du detailing et des défis qui restent à relever.


Interview

🔵 Journaliste : Armand, pendant des années, le detailing a été perçu comme une activité d’auto-entrepreneurs passionnés. Pourtant, aujourd’hui, il prend une dimension beaucoup plus professionnelle. Qu’est-ce qui a motivé cette transformation ?

🟠 Armand Lospied : Effectivement, pendant longtemps, le detailing était vu comme un service de luxe, plutôt destiné aux collectionneurs et passionnés d’automobile. On parlait de préparation esthétique, de polissage de carrosserie, mais il n’existait aucune norme, aucun cadre officiel pour cette profession. Résultat ? Tout le monde pouvait s’improviser detailer, sans forcément posséder les compétences adéquates.

Le problème, c’est que le detailing repose sur des techniques précises, une vraie maîtrise des produits et des machines, et même des connaissances en chimie. Or, en l’absence de reconnaissance officielle, les professionnels compétents se retrouvaient au même niveau que des amateurs, ce qui brouillait complètement la perception du métier aux yeux des clients.

En tant qu’entrepreneur, j’ai rapidement vu un double enjeu :

  • Structurer ce secteur pour garantir un niveau de qualité homogène et protéger les consommateurs.
  • Permettre aux professionnels de bénéficier d’une reconnaissance officielle, de financements et d’un cadre stable pour développer leur activité.

C’est ainsi que j’ai décidé de m’investir dans la professionnalisation du detailing, en travaillant sur des formations certifiantes, mais aussi en collaborant avec d’autres experts pour créer les premières certifications RS dédiées au detailing et au polissage automobile.


🔵 Journaliste : Justement, concrètement, comment avez-vous structuré ce métier qui n’existait pas encore officiellement ?

🟠 Armand Lospied : Tout a commencé par la formation. Pour structurer un métier, il faut avant tout former les professionnels sur des bases solides. J’ai donc travaillé avec des spécialistes du secteur pour créer des parcours pédagogiques complets, qui ne se limitent pas à l’apprentissage du polissage, mais intègrent aussi :

  • La chimie des produits et leur utilisation sécurisée.
  • La maîtrise des outils (polisseuses, techniques de lavage, traitements céramiques, etc.).
  • Les bonnes pratiques pour garantir un résultat professionnel.
  • Les aspects business et gestion d’un centre de detailing.

Ensuite, il fallait aller plus loin que la formation : il fallait une reconnaissance officielle du métier. C’est là qu’intervient le Répertoire Spécifique (RS), qui permet d’attribuer des certifications professionnelles reconnues par l’État.

Avec d’autres experts, nous avons monté un dossier complet auprès de France Compétences, démontrant que le detailing et le polissage sont des savoir-faire techniques nécessitant une validation officielle. Cela a permis la création des premières certifications RS en France dans ce domaine :

  • RS5956 : Polissage et lustrage automobile à la polisseuse orbitale et roto-orbitale.
  • RS6719 : Lavage automobile.

Enfin, le troisième volet était la structuration du marché :

  • Nous avons imposé des standards de qualité pour différencier les professionnels formés des amateurs.
  • Nous avons travaillé avec des acteurs du secteur pour sensibiliser les clients à l’importance de choisir un professionnel qualifié.
  • Nous avons accompagné de nombreux entrepreneurs à créer des centres de detailing pérennes et rentables.

🔵 Journaliste : Ces certifications RS ont-elles réellement changé la donne pour les professionnels du detailing ?

🟠 Armand Lospied : Oui, de façon considérable. D’abord, elles permettent aux professionnels d’accéder à des financements : Pôle Emploi, les OPCO et d’autres organismes prennent désormais en charge des formations en detailing, ce qui était impensable avant.

Ensuite, elles apportent une reconnaissance et une crédibilité aux detailers. Aujourd’hui, un professionnel certifié RS inspire beaucoup plus de confiance aux clients, aux concessionnaires et aux partenaires qu’un detailer autodidacte.

Enfin, elles ont attiré de nouveaux profils dans le secteur, notamment des personnes en reconversion. Avant, beaucoup hésitaient à se lancer faute de cadre clair. Aujourd’hui, ils ont des formations encadrées, un diplôme reconnu et un accès au financement, ce qui leur permet d’intégrer le métier avec un vrai projet professionnel.


🔵 Journaliste : Aujourd’hui, quelle est la prochaine étape pour continuer à structurer et développer le detailing en France ?

🟠 Armand Lospied : Il y a encore plusieurs défis à relever :

1️⃣ Faire reconnaître le detailing dans les formations initiales : Aujourd’hui, le detailing est encore absent des cursus classiques (CAP, Bac Pro Carrosserie, etc.). Il faudrait qu’il soit intégré dans des formations diplômantes pour donner accès aux jeunes à ce métier dès leur apprentissage.

2️⃣ Accompagner la rentabilité des entreprises de detailing : Une formation technique ne suffit pas, il faut aussi que les detailers sachent gérer leur entreprise, fidéliser leurs clients et structurer leurs offres. Aujourd’hui, je travaille sur des modules de formation en gestion et développement d’activité pour les aider à réussir sur le long terme.

3️⃣ Continuer à sensibiliser les clients et les entreprises à la valeur du detailing professionnel : Encore trop de gens perçoivent le detailing comme un simple lavage amélioré, alors qu’il s’agit d’un vrai travail de restauration et de protection automobile.

🔵 Journaliste : Merci Armand pour cet échange passionnant. On comprend mieux le travail immense réalisé pour structurer un métier qui, sans reconnaissance officielle, risquait de rester dans l’ombre.

🟠 Armand Lospied : Merci à vous ! Le detailing a encore un bel avenir devant lui, et notre mission est de continuer à professionnaliser et à faire grandir ce secteur.

🔵 Journaliste : Nous suivrons avec intérêt les prochaines étapes du développement du detailing en France. À très bientôt !

🟠 Armand Lospied : Avec plaisir, à bientôt !

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